Marc Baguelin's photographsthemes

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Marc Baguelin photographs

Introduction

Au delà des photos liées à des voyages ou à des projets, il y a certains thèmes qui reviennent souvent au sein de mes images. Cette section a donc pour but de regrouper certaines photos de manière thématique sans que celles-ci se raccrochent à un projet ou un lieu en particulier.

Les thèmes qui m'ont apparus pertinents, tournent autour des questions du privé et du public, de l'exclusion et de son "invisibilité" et des transports en commun.

Exclus

Ils, majoritairement ils, mais aussi elles, sont visibles partout. Et pourtant on ne les voit généralement pas. En particulier presque jamais en photo. Parfois dans des photos de journalistes. Témoignages de la pauvreté, de la précarité. Pour illustrer.

Au moins pour les guerres, les drames spectaculaires, on a l'attrait du spectacle, de la fraîcheur de la nouveauté sans cesse renouvelée. Les clochards, les SDF, pas grand chôse de nouveau. Et puis, on n'y peut pas grand chose.

Il me semble pourtant important de rendre ses personnes visibles. De ne pas fermer les yeux. A ceux qui pourrait reprocher à une telle démarche l'atteinte à la dignité d'une personne en position de misère, je pense juste que ce n'est pas l'homme ou la femme qui est indigne; mais bien la situation. Et de faire semblant de ne pas la voir.

Privé/Public

J'ai toujours été particulièrement intéressé par la notion de différence entre ce qui est public et privé. Enfant, je me posais des questions. Pouquoi ce que l'on peut faire ici, on ne peut le faire là, quelques centimètres plus loin seulement parfois, de l'autre côté du mur ou de la fenêtre? Pourquoi se sent-on particulièrement en sécurité parce qu'on a réduit la portée de son espace visuel?

Je suis particulièrement intéressé par ces instants, où l'urgence brise les repères culturels du privé, de l'intime et du public.

Je voudrais finir par une histoire qui me semble parfaitement illustrer le relativisme de la notion de privé et d'intime pour le corps. Elle m'a été racontée par Marie-Claire de la tribu de Xepenehe à Lifou. Marie-Claire et Var (son mari, voir mes photos de Lifou) sont kanaks. Héritiers culturels des premiers habitants d'un groupe d'îles du Pacifique, aujourd'hui Nouvelle-Calédonie et dépendances. Ces habitants, des mélanésiens, avaient pour habitude de porter, pour les hommes l'étui pénien, et pour les femmes une sorte de pagne de feuilles végétal et la poitrine nue.

Au dix-neuvième siècle, les missionaires sont arrivés, catholiques par l'ouest (francais) et protestants par l'est (missionaires tongiens formés par les missions anglaises). Des luttes d'influences et des rivalités tribales se créèrent ou se cristallisèrent, mais les deux côtés s'accordaient à considérer l'accoutrement traditionnels comme indécent. Ainsi fut conçue en métropole, la robe "mission", ample et colorée, suffisamment loin du corps pour ne dévoiler aucune courbe tentatrice. De cet héritage, les femmes kanaks ont gardé une réputation de grande pudeur. Néanmoins, le costume traditionnel perdure dans l'iconographie, en particulier les sculptures traditionnelles.

C'est donc avec ce passé sur les épaules que Marie-Claire et Var arrivent sur une plage près de Montpellier, où ils sont partis faire leurs études de théologie et se retrouvent mal à l'aise devant l'étalage de chair nue... tout en ayant conscience de l'ironie de la situation.

Transports

J'aime beaucoup prendre des photos dans les transports. Cela pour plusieurs raisons. Il y a un statut flou du transport. A la fois espace public, mais aussi espace semi-fermé, gares, salles d'attente, trains, bus. En fait, on est en quelque sorte plutot en privé entre inconnus. Il y a aussi l'expérience partagée. Les comportements changent alors. On parle à des gens à qui l'ont ne parlerait pas ailleurs, on fait des choses que l'on ne ferait peut-être pas dans un autre espace public.